Le secteur du jeu de société s’est considérablement développé ces dernières années, notamment avec la vente en ligne et le financement participatif. Ils ont permis à de nombreux créateurs d’éditer et de distribuer des jeux à plus faibles tirages. Ces jeux peuvent trouver leur public plus facilement, mais avec un impact sur le prix. Car faible tirage est synonyme de prix plus élevé.


Dans le même temps s’est également développé une offre importante de jeux disponibles gratuitement – dans la lignée des jeux FTP (Free To Play) pour les jeux vidéos – les jeux dont le matériel est à construire soi-même : les « print and play » abrégé PnP. Conscience environnementale ? Volonté d’éliminer les frais de ports qui peuvent être prohibitifs pour les éditeurs hors Union Européenne ? Toujours est-il que les Print and Play ne sont plus seulement l’apanage des designers libertaires. Certains éditeurs ayant pignon sur rue proposent également leurs jeux en PnP, pour une fraction du prix standard et l’offre a considérablement augmenté.

Un jeu de société gratuit ou pour une fraction de son prix de vente au détail ? Voilà une excellente solution pour limiter l’impact financier de votre ludothèque. Sans compter la satisfaction de jouer avec un jeu de société qu’on a assemblé soi-même !
Cependant, construire son propre jeu PnP n’est pas si simple : il faut faire le plateau, les pions, les cartes etc. Un jeu de société comprend de nombreux éléments, qui ne sont pas forcément évidents à monter soi-même. Dans cet article, je vais vous présenter la méthode que j’utilise pour créer mes PnP. Il en existe d’autres, dont les résultats en termes de qualités sont toujours proportionnels au matériel et surtout au temps investi. A la fin de cet article, vous trouverez des ressources en ligne pour découvrir d’autres techniques ou solutions, ainsi que quelques liens pour le matériel spécialisé nécessaire, en particulier pour les Euros (cubes en bois, etc.). Et évidemment, quelques recommandations de jeux à imprimer.

Le matériel indispensable pour le Print and Play

Avant de commencer avec les techniques de construction, un petit tour du matériel de bricolage nécessaire pour le jeu PnP. Rien d’extraordinaire, mais mieux vaut investir un peu dans du matériel de qualité pour éviter les déconvenues.

Un tapis de découpe : absolument indispensable avant de commencer n’importe quel projet print and play. Même si vous ne tenez pas à la table héritée de votre grand-mère, il vous faut une grand surface plane et régulière sur laquelle vous pouvez jouer du cutter sans crainte.

Une règle métallique : 30cm minimum, 50cm préférable. Si le dessous de la règle possède une surface en caoutchouc antidérapante, c’est encore mieux.

Un cutter bien affuté. Oubliez les ciseaux pour le jeu print and play : c’est long, fastidieux, ça ne coupe pas droit, et vous aurez des ampoules ou mal aux mains. Vous pouvez également opter pour un cutter rotatif, très efficace pour les épaisseurs fines.

Du papier autocollant pour imprimante jet d’encre : ce n’est pas indispensable, mais c’est plus pratique que d’encoller à la main. On en trouve facilement dans les papeteries ou sur internet à environ 10 centimes la page.

Du papier épais pour les cartes. Personnellement, j’utilise du papier avec un grammage de 200g ou 260g. Au-delà, les imprimantes jet d’encre domestiques ont du mal (les rouleaux n’arrivent plus à plier le papier).

Un support cartonné pour les plateaux de jeux et les pions. Certains utilisent du carton plume, plus qualitatif mais aussi plus cher et pas simple à découper proprement. Personnellement, je recycle des boîtes de céréales. Simple, efficace, et puis c’est toujours sympa de réutiliser un déchet pour ses jeux.

De la colle : par simplicité, j’utilise de la colle en bombe pour les surfaces larges ; en particulier pour encoller plusieurs épaisseurs de boîtes de céréales.

J’oubliais… une imprimante jet d’encre (ou encore mieux la laser du travail).

Le matériel facultatif

Un corner rounder : pour arrondir les coins de vos cartes. Le toucher et le look de vos cartes seront transformés. Il existe peu de modèle et je recommande sans modération celui-là.

Un counter clipper : pour arrondir les coins des pions et jetons de vos jeux. Pas indispensable, mais c’est quand même la classe sur la table. En particulier sur les wargames (j’utilise la très connue pince à clipper suivante).

Du vernis incolore pour papier : pour avoir un meilleur toucher sur vos cartes ou vos plateaux de jeux. Personnellement, j’ai abandonné cette pratique car la différence n’est pas toujours flagrante.

Des perforeuses de taille diverses : si vous avez besoin de faire des trous dans du papier ou du carton. Utile dans certains jeux.

Une plastifieuse et des feuilles à plastifier : si vous souhaitez plastifier certaines parties de votre matériel de jeu (plateaux de jeux, cartes etc.). J’utilise la plastifieuse pour les aides de jeux que l’on manipule souvent ou pour les cartes.

En fonction des jeux : cubes en bois, jetons, meeples, boîtes, dés, etc. Un site français propose tout cela à des prix très abordables : Tout Pour le Jeu.

L’assemblage d’un jeu Print and Play

Dans tous les jeux de sociétés print and play, on trouve généralement trois types d’éléments : un plateau de jeu (ou une carte pour les wargames), des cartes de jeu et des pions (ou des counters). Je vais me focaliser sur la constructions de ces trois types d’éléments.

Le plateau de jeu ou la carte

J’utilise ici le recyclage des boîtes en carton de céréales (formats XL) ou de pizzas. Non seulement on en trouve dans sa poubelle, mais le carton de ces emballages est souvent parfait pour faire de beaux plateaux de jeux : il ne gondole pas, est facile à couper et de la bonne dimension. En fonction des jeux, il vous faudra un, deux, quatre ou six « panneaux » pour construire votre plateau. Pour ce qui est de l’épaisseur, j’utilise généralement du carton de céréale en double épaisseur. Ici un exemple avec un plateau A4 simple, issu du jeu Gravelotte 1870 de Fred Serval, un jeu Print and Play gratuit publié sur le e-magazine wargame Carboard Emperor.

  • Imprimez le plateau sur une ou plusieurs feuilles de papier autocollant.
  • Ouvrez la boîte de céréales au cutter.
  • Encollez le recto et le verso à la bombe, en gardant les côtés de la boîte (cela facilite le positionnement). Je recommande d’encoller les parties imprimées entre elles car certains plateaux ont des zones claires et par transparence on pourrait voir la marque des céréales.
  • Coupez le support cartonné obtenu à la règle et au cutter en essayant de préserver un maximum de surface.
  • Collez le plateau imprimé sur le papier autocollant. Ici, il y a une petite technique pour éviter les bulles. On décolle d’abord un petit bout de la feuille autocollante pour positionner sur le support cartonné. Ensuite, on avance progressivement en déroulant le film de protection.
  • Découpez le surplus de carton autour de la carte … et voilà : un magnifique plateau de jeu sur support cartonné au prix de quelques boites de céréales.
Le résultat pour un plateau de jeu simple, en format A4

Les cartes de jeu

Les cartes à jouer sont l’élément le plus compliqué à réaliser pour deux raisons. Tout d’abord, dans la plupart des jeux, leur verso ne doit pas être différenciable de celui d’une autre carte. Cela impose une réalisation propre et un alignement recto/verso au cordeau. Par ailleurs, les cartes sont les éléments qu’on manipule le plus dans un jeu. Leur toucher doit être agréable pour retrouver le plaisir de jouer comme avec un vrai jeu d’éditeur.

Il y a plusieurs techniques utilisables pour les cartes.

  1. La plus simple – dite technique du sandwich – consiste à imprimer le recto des cartes et leur verso sur deux feuilles de papier plus ou moins résistantes, les découper et les insérer dans les sleeves (protections plastique) en y mettant au centre (en sandwich donc), une carte à jouer d’un jeu de poker que l’on n’utilise plus. La carte à jouer recyclée permet de donner de la rigidité.
  2. La seconde technique – la plus onéreuse – consiste à imprimer rectos et versos séparément sur du papier de lin, et encoller les deux. Le papier de lin est rare et cher, mais il a une élasticité supérieure au papier classique : c’est ce qui donne le « pop » des cartes industrielles.
  3. La troisième technique – celle que j’utilise – est d’imprimer le recto ou le verso sur du papier épais (>= 200g), puis l’autre côté sur du papier autocollant, avant de coller les deux. C’est un bon compromis. Avec du vernis transparent, on a un toucher correct et une bonne rigidité. Pour les cartes qu’on mélange régulièrement, on peut aussi sleever.

Pour cette dernière technique, les étapes sont les suivantes :

  • imprimez recto et verso (ici, le verso est imprimé sur le papier cartonné),
  • découpez les contours des planches de cartes, en faisant attention à ne pas laisser de liseré blanc.
  • Collez soigneusement recto et verso des planches en utilisant la technique mentionnée pour le plateau de jeu ci-dessus.
  • Coupez au cutter ou cutter rotatif les cartes, en prenant soin de couper côté verso (en cas de léger décentrage recto/verso, une coupe réalisée côté verso permet de ne pas laisser de bordure qui permettrait d’identifier les cartes).
  • Enfin, utiliser le corner rounder pour donner un bel aspect aux cartes. Comme on peut le voir sur la photo, cette dernière étape change vraiment le rendu des cartes.

Les pions

Dernier élément important : les pions (ou counters) qui sont présents dans la plupart des Print and Play. Ils permettent sans avoir nécessairement de cubes en bois ou de meeples sous la main de représenter les actions de jeu sur le plateau. Le pion a souvent besoin d’être assez épais pour être agréable à jouer. Le carton plume ou le carton épais sont idéals en terme de visuel, mais c’est souvent difficile à trouver car ils ne sont vendus que dans les magasins d’arts plastiques.

Encore une fois, les céréales offrent une alternative économique au carton professionnel. Il faudra par contre multiplier les couches. Mon expérience montre que trois couches c’est l’optimum. Deux couches le pion est trop fin, quatre il devient difficile à couper. Évidemment cela dépend de la taille de vos counters. S’ils sont larges et peu nombreux, vous pouvez opter pour quatre couches, sinon restez sur une triple épaisseur de céréales.

A noter que pour les jeux avec de nombreux pions, cette phase est fastidieuse. L’effort physique augmente avec le nombre de couches de céréales. Mais pas de panique si l’avant-bras commence à faiblir et que la précision baisse. De très légers décentrages ne gênent généralement pas le jeu (à l’inverse des cartes).

Voici le pas à pas pour créer vos pions (les pions sur les photos sont ceux de Charlemagne, Master of Europe d’Hollandspiele, un jeu vendu 12$ en PnP vs 45$ sous boîte et près de 60€ en France) :

  • Découpez et encollez les épaisseurs de boîtes de céréales comme pour le plateau de jeu ci-dessus.
  • Imprimez les planches de pions recto et verso séparément sur deux feuilles de papier autocollant.
  • Découpez soigneusement les bords des deux planches.
  • Collez le recto de vos pions sur votre support carton 3-4 couches.
  • Découpez le surplus de carton autour des counters.
  • Collez soigneusement le verso, en utilisant toujours la même technique de positionnement et d’alignement que pour les cartes.
  • C’est presque fini, ne reste plus qu’à découper les pions dans la planche: un peu d’huile de coude et ce sera prêt !
Préparation de l’opération. Notez cette magnifique boite de céréales, qui a été préparée avec 3 épaisseurs encollées à la bombe.

Les boîtes de jeu

Il existe plusieurs tutoriels pour réaliser ses propres boîtes. C’est assez fastidieux dès lors qu’on passe dans des tailles A4 ou supérieures. Le plus simple reste encore de commander des boîtes blanches sur internet et de les customiser en imprimant des couvertures sur papier autocollant. Les boîtes restent assez chères au regard du reste du matériel nécessaire pour le Print and Play (4-5€ pour rentrer du A4 dedans) donc à réserver à vos plus belles réalisations. Là encore, jetez un oeil à Tout Pour le Jeu.

Boîtes de jeu blanches commandées sur Tout Pour le Jeu, et customisées avec du papier autocollant

Quelques suggestions pour vos premiers Print and Play

Lister tous les excellents jeux disponibles en print and play est impossible: ils sont trop nombreux. Mais voici quelques suggestions.

Euros et Serious games

  • Austerity: un serious game gratuit sur la gestion d’une économie en temps de crise.
  • Under Falling skies : un excellent jeu solo disponible en PnP (et qui a eu le droit à une impression professionnelle depuis suite à son succès en PnP).
  • 13 Minutes : une séquelle rapide et nerveuse de 13 Jours.
  • Black Sonata : un jeu solo où l’on doit résoudre une enquête en utilisant un système de cartes perforées. Malin.
  • Deep Space D6 : un jeu solo où l’on est aux commandes d’un vaisseau qui craque de partout.
  • Maquis : un jeu solo de placement d’ouvriers, qui a depuis été imprimé par un éditeur. Tokens et markers ronds à acheter puis sticker.
  • Six Sons of the Sultan : un jeu pour deux où il faut trouver et fournir le meilleur thé au sultan. Jolies cartes.
Under Falling Skies. Les cartes sont ici plastifiées pour plus de durabilité

Jeux pour jeunes enfants

Une façon sympa de construire le jeu auquel vous jouerez avec eux. Et certains d’entre eux n’ont vraiment rien à envier aux jeux du commerce (et tous sont gratuits). La plupart des jeux sont en anglais, mais les règles sont facilement assimilables en les expliquant aux enfants.

  • Otto the Octopus : un superbe jeu de placement de tuiles, drôle même entre adultes.
  • Washing Lines : étendre le linge n’a jamais été aussi ludique.
  • Bear Went over the Mountain : un très beau jeu de cartes où l’on construit un paysage avec une mécanique de tableau pour accumuler des points en fonction d’objectifs tirés au sort au début du jeu.
  • Fairy Tale in my Pocket : une version enfant du célèbre Zombies in my pocket.

Wargames / jeux de Stratégie

Les wargames disponibles en Print and Play sont pléthoriques. De nombreux fans de wargame sont aussi designers à leurs heures perdues. Les assemblages sont simples : des counters, une carte, parfois des cartes et requièrent rarement des éléments à acheter. Le site wargamevault est une véritable mine d’or avec de nombreux jeux gratuits ou à prix modique. Ci-dessous quelques-uns des jeux que j’ai assemblé ou que je recommande.

  • Battle for Moscow : le classique du jeu introductif au wargame. Une carte, des counters. Gratuit sur BGG ou wargemevault.
  • Attack of the 50 foot Colossi : un jeu solo délirant où des Spaces Marines affrontent des golems de pierre. Un chaos total et très fun. Le jeu est en vente en PnP sur wargamevault pour 10$.
  • Aces of Valor : un excellent jeu solo de combat aérien, vendu 10$. Très chouettes graphismes, mais attention, pour imprimer le jeu complet (non nécessaire pour commencer), il y a du boulot.
  • Race to the Sea 1914 : un jeu à deux où allemands et alliés rejouent la Course à la Mer. Jeu gratuit mis à disposition par Yaah Magazine pendant le confinement.

Hollandspiele est sans doute l’éditeur le plus connu proposant systématiquement ses jeux en version Print and Play (tous sont à 12$) :

Quelques ressources supplémentaires pour approfondir

YouTube regorge de bonnes idées et de vidéos présentant des techniques pour le Print and Play, voici quelques ressources pour aller au-delà des techniques décrites plus haut (attention, la plupart des liens sont en anglais) :

Certaines chaînes youtube ou threads sur BGG se concentrent sur dénicher les pépites Print and Play :

Et voilà, à vos cutters et bons jeux ! Et donnez nous un retour dans les commentaires sur vos expériences.

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