Vous trouverez ici le compte-rendu d’une partie test du jeu A Victory Lost.

  •  Jeu : A Victory Lost
  •  Editeur : Multi-Man Publishing (MMP)
  •  Type : opérationnel, activation par tirages de marqueurs, carte à hexagone

A Victory Lost est la réédition en anglais d’un jeu japonais du designer Tetsuya Nakamura. Le jeu porte sur la période qui court de décembre 1942 à la fin du printemps 1943 sur la partie sud du front russe. Il simule l’opération « Saturne », qui suit « Uranus » (l’encerclement des allemands à Stalingrad), ainsi que la contre-attaque allemande (historiquement devant Kharkov).

Il s’agit d’un jeu simple par les règles, mais pas simpliste, en raison de l’échelle opérationnelle. Dans cette partie, c’est le russe qui a l’initiative et doit pousser fort pour prendre les villes objectifs (en rouge sur la carte). L’allemand est à la peine, mais va pouvoir monter de puissantes contre-attaques au fur et à mesure que ses renforts arrivent.

Mais place au jeu !

C’est presque la veille de Noël dans la steppe entre Donets et Volga. Voilà quelques semaines, le Stavka a donné l’ordre de lancer l’opération Uranus, qui a réussi à enfermer dans une gigantesque poche la 6ème armée de Paulus. Les soviétiques ne s’arrêtent pas là, et entament alors l’opération Uranus, la deuxième phase de leur stratégie hivernale au sud. Quelques têtes de pont sont saisies sur la rive ouest du Don, au détriment des hongrois, au nord.

La situation au début du jeu. Les faibles divisions italiennes au centre du front vont souffrir, alors que les forces de Wintergewitter (jaune, au sud), vont faire face au gros des soviétiques;

Tour 1
Au sud, les allemands abandonnent leur opération de sauvetage de Stalingrad, l’opération Wintergewitter, et se replient. L’objectif désormais est d’éviter l’encerclement complet du groupe d’armée A, qui remonte à marche forcée du Caucase.
Devant la boucle Don-Volga, les roumains ont tenu, et se replient en ordre.
Mais c’est juste au nord que le front cède. Les italiens se font étriller par les chars russes, et le Don est franchi à plusieurs endroits. Direction plein sud ! Les roumains et le groupe d’armée de Hollidt sont désormais en très mauvaise position, sans flanc gauche.

Fin du 1er tour. Les italiens se font étriller et le russe crée un important saillant qui risque de mettre en difficulté le groupe d’unités resté en arrière. Au sud, les allemands se replient aussi vite que possible pour protéger la remontée du groupe d’armée A (les unités en attente au sud de la carte)

Tour 2
Nous sommes le 28 décembre 1942 et les dernières semaines ont été brutales pour l’Axe. Tout au sud, la 4ème armée Panzer n’a pas le temps de retraiter et son infanterie de support (roumaine) se fait détruire par l’avancée soviétique. Tenir avant le retour du groupe d’armée A du Caucase sera difficile.
Au nord, la situation reste sous contrôle, malgré quelques têtes de pont saisies par les russes sur le Don. Mais c’est dans la boucle du Don que l’allemand souffre. Comme anticipé, les armée russes ont entamé une large rocade vers le sud à partir de Boguchar, prenant au piège la quasi-totalité de la 3ème armée roumaine. Une tentative de briser l’encerclement avec des Panzers, échoue. Et devant Tatsinskaia, la situation est là aussi problématique.
Le sort de la 3ème armée roumaine scellé, l’Allemand doit impérativement se replier à toute vitesse vers l’ouest pour rétablir une ligne de défense, plus courte (sans doute sur le Donets). Mais il manque de pétrole, et n’a que quatre quartiers généraux activables par tour.
De son côté, Ivan va devoir réduire la poche roumaine, qui sinon risque de le gêner. Il n’a pas – pour le moment – la possibilité d’exploiter le trou béant ouvert au centre du front : faute de T-34 disponibles dans la région.

Fin du tour 2. Les russes ont encerclé les roumains au centre par une pince. Au sud, les chars russes écrasent l’infanterie de support, mais les Panzer, plus mobiles, parviennent à se replier. Le russe a créé un important trou au centre, sans les forces pour exploiter, pour le moment…

Tour 3
Les allemands, conscients que le Don n’est plus une barrière fiable, décident de décrocher partout. Ce sont d’abord les hongrois, au nord, qui décrochent vers l’ouest, talonnés par les Russes. Au sud, la 4ème Pz n’est plus que l’ombre d’elle-même, son infanterie roumaine s’est effondrée devant les coups de boutoirs russes. Seules trois divisions (dont deux puissantes Panzers), vont tenter de tenir les ponts protégeant la remontée du groupe d’armées A du Caucase.
Au centre, Hollidt et Kempf tentent d’extraire autant d’unités que possible pour les replier vers le Donets, tandis que devant Bugochar, le saillant russe menace.
En effet, les Russes ont profité de ces deux semaines pour transférer quatre armées blindés dans le saillant. Cette fois-ci, ils sont prêt à être envoyé pour exploiter, fidèles à la doctrine de l’art opératif de Toukhatchevski. La route de Stalino est ouverte, avec potentiellement un encerclement géant du schwerpunkt allemand (Hollidt, Kempf) en sus.
Mais le Russe, en avançant, devra prendre garde à son aile gauche, qui sera à la merci d’un contre-encerclement. Les divisions d’infanterie retenues en arrière par la réduction de la poche roumaine risquent de manquer pour tenir les flancs.

Fin du tour 3. Les allemands décrochent partout. Au centre, les russes ont enfin concentré des chars, pour exploiter l’effondrement du front à cet endroit. L’allemand doit absolument extraire d’autres unités vers l’ouest, faute de voir à nouveau un encerclement géant se produire.

Tour 4
Encore un tour à sens unique. Les russes tirent leurs quatre marqueurs d’activation d’affilée ! Les T-34 regroupés au centre lancent immédiatement leur exploitation et traversent le Donets pour couper les ponts permettant de ravitailler le centre allemand. Les ponts coupés, l’encerclement se met en place et l’étau se resserre dans un nouveau chaudron géant. Les QG de Kempf et de Hollidt échappent de peu aux chars russes, mais doivent décrocher et perdent le contact avec la poche.
Plus au sud, les russes sont presque à Rostov, mais faute de soutien, sont isolés. Au nord, les russes talonnent les hongrois qui tentent de se replier sur Belgorod. De puissants renforts russes ont été injectés sur sur ce front, faiblement défendu. Sur tout le front, l’Axe tente de sauver ce qui peut l’être. En espérant que les puissantes forces du groupe d’armée A qui arrivent de Maïkop leur permettre de souffler au sud et que la réduction des poches roumaines et allemandes au centre empêche le russe d’exploiter plus en profondeur vers Stalino.

Fin du tour 4. Le russe a renforcé le nord, et menace de percer avec les chars fraichement arrivés. Au centre, les T-34 réalisent un second encerclement en poussant au sud pour prendre les ponts sur le Donets. Au sud, une reconnaissance pousse jusqu’aux faubourgs de Rostov, espérant couper l’arrivée des forces du Caucase.

Tour 5
Les forces du Caucase ont réussi à s’extirper in extremis du piège qui les attendait. L’infanterie russe qui occupait les faubourgs de Rostov se fait punir au passage. Toutes les divisions panzer sont désormais au nord de Rostov et vont pouvoir aider à stabiliser le sud du front. Au nord, les Hongrois continuent à reculer, et ralentissent les russes avec des combats d’arrière-garde. La réduction des poches allemandes en arrière du front continue de freiner le russe, qui va devoir regrouper ses forces pour pousser rapidement vers les villes objectifs. Il va pouvoir bénéficier des nouvelles armées blindés de Popov, qui descendent à marche forcée pour prendre position dans le saillant.
Le russe va devoir prendre garde aux tours suivants, car l’allemand va avoir du punch au sud, d’autant plus qu’un puissant corps d’armée est déjà en route sur les wagons plats.

Fin du tour 5. Les allemands ont réussi à faire remonter les forces du Caucase, qui prennent position dans la boucle du Donets. Fidèles à leur stratégie des tours précédents, les Russes
amènent des renforts dans le saillant au centre. Ils sont ralentis par la réduction des panzers bloqués dans la poche au centre.

Tour 6
Sur le nord du front, les allemands voient avec inquiétude leurs lignes se désagréger. Ils amènent donc par train deux puissantes divisions Pz, la Leibstandarte AH et la Das Reich pour constituer une force de réaction mobile. Les Hongrois continuent de se replier progressivement, même s’ils laissent plusieurs divisions d’infanterie se faire encercler et que leurs forces les plus au nord sont désormais isolées.
Au centre, les blindés parviennent néanmoins à rétablir les communications et à extraire deux divisions encerclées devant Valouki. Côté russe, le front progresse lentement, et le groupe Popov s’est désormais positionné devant Svatov et menace de percer au centre, une fois la poche plus au nord réduite.
Mais c’est au sud que le véritable effort allemand s’est porté. Le QG de la première armée a organisé un puissant Schwerpunkt avec pas moins de 6 divisions Pz. Manstein réussit ainsi à rétablir le contact et ravitailler deux divisions de la poche de Kamensk, mais leur position est précaire. Il va falloir rapidement se retirer derrière le Donets pour éviter trop d’attrition sur les blindés. Si Manstein y parvient, il pourra interdire l’accès à la boucle du Donets, et protéger Rostov. Mais ce focus au Sud va ouvrir des possibilités au russe plus au Nord.

Fin du tour 6. Les allemands ont l’initiative et parviennent à rétablir la communication avec une partie des unités encerclées. Mais à quel prix ? La colonne de secours est dangereusement avancée dans les lignes russes. Au centre, le groupe Popov a pris position, mais les allemands ont bien lu la manœuvre. Ils amènent deux puissantes Pz pour contrer la menace.

Tour 7
Au nord, les allemands effectuent un repli rapide derrière le Donets, anticipant un mouvement d’encerclement. Les puissantes divisions Pz tiennent en respect les russes. Au sud, un tirage de marqueurs d’activation favorable permettent là-aussi aux allemands de replier leurs divisions en bon ordre. Mais les russes ont anticipé le repli. Ils abandonnent la poursuite et effectuent une rocade pour passer le Donets plus au Nord, à Voroshilovgrad.
Les allemands ont un problème. En se repliant, ils ont bien consolidé leurs défenses dans la boucle du Donetz et en on profité pour punir des armées de T-34, trop avancées, mais ils n’ont que de faibles défenses sur l’axe Stalino-Voroshilovgrad, créant un déséquilibre dans leur dispositif.

Fin dur tour 7. Les allemands arrivent à se replier dans la boucle du Donets avec les unités précédemment encerclées. Mais les russes ne poursuivent pas et préfèrent passer le Donets en force légèrement plus au nord. Tout au Nord, les hongrois et les renforts allemands décrochent aussi vite que possible.

Tour 8
Les russes tentent de maintenir la pression. Au nord, ils bordent le Donetz en plusieurs endroits, mais n’arrivent pas à concentrer suffisamment pour forcer le passage face aux puissantes Pz. Le centre allemand est par ailleurs trop dégarni. Hollidt fait rapidement déplacer des divisions Pz pour tenir la rivière au sud de Kharkov.
Ce faisant, il libère la boucle du Donetz et les T-34 avancent rapidement. Une division parvient même à Taganrog, coupant le ravitaillement des unités défendant Rostov. Celles-ci sont désormais livrées à elles-même: la GrossDeutschland applique le Standbefehl à la lettre et se prépare avec la division d’infanterie qui l’accompagne, pour l’inévitable siège à venir.
A partir de la tête de pont de Voroshilovgrad, les T-34 russes ont poussé jusqu’aux faubourgs de Stalino, laissant l’infanterie réduire les unités encerclées à l’arrière. L’OKH a été obligé d’y rapatrier de toute urgences d’autres divisions Panzer. Le manque d’infanterie, souvent trop lente pour éviter les encerclements russes, pèse lourdement sur les allemands.
Pour le moment, l’allemand mène aux points, mais il ne peut plus se permettre de voir des unités détruites. Stalino et Rostov doivent tenir. La partie va se décider au dernier tour : au sud.

Fin du tour 8. Les russes bordent le Donets au centre, mais sans percer. Devant Stalino, les T-34 poussent mais doivent laisser l’infanterie à l’arrière, occupée à réduire les poches éparses d’infanterie allemande. Tout au sud, le repli des Pz allemands devant Stalino laisse au russe l’opportunité de couper l’approvisionnement de Rostov.

Tour 9
Les Russes poussent mais ne parviennent pas à déborder les forces protégeant Kharkov, malgré de nouvelles têtes de pont obtenues sur le Donetz.
Au sud, les allemands ne peuvent faire autre chose qu’organiser leurs défenses. Une faible contre-attaque devant Stalino échoue. Dans Rostov, la division GD se retranche. Côté russe, les frontovikis réduisent les dernière poches allemandes à Voroshilovgrad. Mais ces combats d’arrière-garde les ralentissent et Stalino sera dure à prendre sans l’infanterie. La Stavka, qui doit obtenir une victoire de prestige dans l’opération Saturne, demande donc à ses généraux d’accélérer le siège de Rostov. Tout ce que le sud du front comprend comme bouches à feu est donc concentré autour de la ville, mais les puissantes divisions allemandes retranchées résistent. Ce n’est qu’à la dernière activation que la ville tombe, sur un 6 au dé, providentiel.
Le jeu se termine avec 38 contre 24 points de victoire en faveur des soviétiques. Sans la prise de Rostov et la destruction de ses défenseurs, la partie se terminait sur une égalité parfaite 29-29. Na Berlin !

Fin du jeu. Les défenses devant Stalino ont tenu. Plus au nord, les russes ont une importante tête de pont, mais ne pourront pas exploiter à temps vers Dniepropetrovsk ou Kharkov. Le siège de Rostov accapare tout le front sud russe. La ville tombe sur un 6 à la dernière activation !

Conclusion
Un jeu fantastique, qui laisse énormément de place aux choix des joueurs. J’ai très mal joué l’allemand dans les premiers tours, ce qui a aboutit à beaucoup trop d’unités encerclées. Il faut sans doute retraiter beaucoup plus vite que je ne l’ai fait. A l’inverse, le russe doit probablement être beaucoup plus offensif que ce qu’il n’a été sur cette partie. Positionner ses QG pour obtenir des activations multiples pour vite créer un saillant sur une partie du front et mettre ainsi les allemands en déséquilibre. Au final, le temps de jeu global est mesuré, environ 45mn par tour. Les règles sont très simples, facilement jouables par un débutant.

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